Dormir profondément pour le cœur

Un bon sommeil est réparateur pour l’ensemble du corps, mais le cœur semble même en retirer un bénéfice direct. La recherche veut à présent déterminer comment le sommeil profond agit et comment l’améliorer.

Mis à jour le 29 janvier 2024
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Le sommeil est un des grands mystères de l’humanité, accompagné de nombreux mythes et légendes. Même la recherche moderne sait mal ce qui se passe pendant nos nuits. «Nous ne connaissons toujours pas les fonctions du sommeil», dit la doctoresse Caroline Lustenberger, chercheuse sur le sommeil à l’EPF de Zurich. «Nous observons de plus en plus que le sommeil joue un rôle dans la régénération du cerveau et du corps dans son ensemble, mais nous ne savons pas comment.» Étonnant quand on pense au fait que nous passons un tiers de notre vie à dormir!

Le cœur aussi est concerné
Le domaine que la recherche connaît actuellement le mieux est l’importance du sommeil pour le cerveau et la plasticité cérébrale. Le cerveau a besoin de sommeil pour se développer. Après une bonne nuit de sommeil, nous nous rappelons mieux ce que nous avons appris. En outre, des déchets métaboliques sont éliminés du cerveau pendant le sommeil: Caroline Lustenberger compare ce processus à une machine à laver qui nettoie notre poste de commande. Or ce nettoyage joue un rôle pour l’évolution des troubles neurodégénératifs comme la maladie d’Alzheimer. Dans cette maladie, on trouve des dépôts pathologiques de protéines dans le cerveau, celui-ci est en quelque sorte encombré de déchets. On suppose que ces dépôts entravent le fonctionnement des neurones et entraînent la dégradation des capacités cognitives. Ce qui apparaît de plus en plus clairement, c’est que le sommeil est non seulement important pour le fonctionnement du cerveau, mais aussi pour la santé psychique et la récupération d’autres organes. «Pendant le sommeil, le cœur obtient la phase de récupération dont il a besoin», dit la chercheuse.

Manque de repos
Chacun-e sait que mal dormir porte sur le moral: après une mauvaise nuit, nous sommes irritables et plus fortement en proie à nos sentiments. Cela veut dire que le sommeil joue aussi un rôle important dans l’assimilation de ce que nous vivons et la régulation des émotions qui y sont liées. En outre, les troubles du sommeil influencent directement notre santé physique. La recherche se penche de plus en plus sur l’effet du sommeil sur les maladies cardio-vasculaires. Mal dormir accroît le risque de surpoids, facteur de risque connu d’athérosclérose. On s’efforce de découvrir ce qui se déroule dans l’organisme en cas de troubles du sommeil. On a déjà constaté que le système nerveux autonome, c’est-à-dire celui que nous ne pouvons pas influencer nous-mêmes, pâtit d’un mauvais sommeil: la fréquence cardiaque et la tension artérielle ne diminuent alors pas comme elles devraient et on suppose que cela entraîne aussi des modifications cellulaires. Le stress oxydant augmente, d’où des inflammations et des lésions de la couche interne des artères. Deux ou trois mauvaises nuits ne sont pas dramatiques, mais si cet état se prolonge pendant des mois ou des années ou si le trouble est particulièrement sévère, par exemple en cas d’apnées du sommeil, le risque d’infarctus du myocarde et d’attaque cérébrale augmente.

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Le sommeil profond est la clé
Inversement, un sommeil réparateur est certainement positif pour notre santé. Mais qu’est-ce qu’un sommeil optimal? «Là encore, la recherche n’a pas de réponse claire», dit Caroline Lustenberger. La plupart des études ne tiennent compte que de la durée du sommeil. On estime que sept à neuf heures de sommeil sont bonnes pour la santé. Aussi bien un sommeil trop court, trop long, que les insomnies ont des effets négatifs. Mais la seule durée ne saurait décrire un bon sommeil. En effet, suffisamment long, mais entrecoupé, il n’est pas reposant. Le fait de se réveiller plusieurs fois au cours de la nuit met notre système en état d’alerte permanent, ce qui perturbe le programme de récupération. Il faut donc que nous puissions dormir suffisamment longtemps, sans interruptions. Mais on ne sait ni ce qui rend le sommeil optimal pour la santé, ni quel est le secret des bons dormeurs et bonnes dormeuses. Au cours de la nuit, nous traversons différentes phases de sommeil qui se répètent par cycles: sommeil léger, sommeil profond, sommeil paradoxal (ou REM), cette dernière étant la phase à laquelle nous faisons les rêves les plus intenses. C’est au début de la nuit que nous avons le plus de sommeil profond, moins en fin de nuit. Caroline Lustenberger pense que le sommeil profond joue probablement un rôle particulièrement important dans les processus de régénération du corps. Les projets de recherche de sa division s’appuient sur cette hypothèse. Si l’on parvient à découvrir quels sont les aspects du sommeil particulièrement utiles à la santé, on pourra développer des traitements ciblés en ce sens. Le sommeil n’est donc pas simplement une touche «pause» pendant laquelle tout est à l’arrêt. Au contraire, des processus encore mal connus, mais importants pour la santé et le vieillissement, ont lieu pendant ce temps dans notre organisme. 

Qu’est-ce qui porte atteinte au sommeil?

Mal dormir a plusieurs causes:

  • L’alcool et d’autres substances psychoactives comme p. ex. les somnifères ont une influence sur les phases du sommeil.
  • Le stress est l’ennemi du sommeil. Se détendre consciemment avant de dormir et avoir une attitude positive vis-à-vis du sommeil aident à mieux dormir.
  • Des maladies comme les dépressions et les maladies cardio-vasculaires ou les troubles respiratoires comme les apnées du sommeil peuvent perturber le sommeil.
  • Des facteurs environnementaux, par exemple le bruit ou la lumière, ont également une influence.
  • Enfin, le sommeil profond réparateur diminue avec l’âge.