L’infarctus du myocarde programmé

Pascal Fritsche a été victime d’un infarctus du myocarde à 33 ans. À cet âge, personne ne pense à une urgence cardiaque, même pas lui. Des facteurs génétiques étaient décisifs. Il est atteint d’un trouble du métabolisme du cholestérol.

Mis à jour le 29 janvier 2024
Fritsche

Lorsque Pascal Fritsche parle de son infarctus du myocarde à des collègues, ils sont toujours choqués: le jeune homme avait tout juste 33 ans lorsque son cœur a failli cesser de battre. À cet âge, personne ne pense à une urgence cardiaque, Pascal Fritsche lui-même ne savait pas au début que sa vie était en jeu.

Diagnostic: infarctus du myocarde
Nous sommes en pleine année de pandémie, tout le monde parle du coronavirus et du COVID-19. Tous les jours, on entend parler des symptômes dans les journaux et sur Internet et toute personne qui a un peu mal à la gorge ou ne se sent pas très bien pense sûrement tout de suite au virus. Pascal Fritsche aussi: un matin d’août 2020, il ne se sent pas bien, il ressent une pression dans la poitrine, comme si quelqu’un était assis sur lui. Il pense tout de suite au COVID-19 et veut se faire tester dans la journée. Le soir, sa compagne le conduit au Claraspital de Bâle et l’attend. Il apparaît vite que cela ne va pas juste durer un quart d’heure comme ils le croyaient. Les premiers examens sont réalisés rapidement, une médecin vient le voir, le résultat de l’ECG en main, et lui dit: «Monsieur Fritsche, vous avez bien fait de venir, nous soupçonnons un infarctus du myocarde grave.»

Sous le coup de l’émotion, Pascal Fritsche rit, «ah bon, pas de COVID», lance-t-il. Il appelle sa compagne par téléphone et lui dit qu’elle peut le rejoindre, qu’il n’est pas contagieux. Lorsque la médecin leur explique qu’il va falloir d’abord poser un stent, voire, en cas d’échec, faire une opération de pontage, il réalise ce qu’on lui dit. Lui et sa compagne fondent en larmes. «Je n’aurais jamais pensé avoir un infarctus, je me sentais juste un peu mal», se rappelle-t-il. Il était jeune, sportif, en bonne santé, tous deux tombaient des nues.

Son père aussi était concerné
Cependant, en y regardant de plus près, on se rend compte que l’infarctus n’était pas tout à fait un coup de tonnerre dans un ciel serein. Son père en avait eu un à 47 ans, Pascal Fritsche avait alors 10 ans. «Nous avions passé plusieurs semaines de vacances aux États-Unis», se rappelle-t-il. Une fois rentrés à la maison, l’accident se produisit, ainsi que d’autres évènements qui ébranlèrent la famille cet été-là. Après avoir rendu visite à son père à l’hôpital avec un camarade de classe, les deux jeunes garçons dérobèrent à la maison ses cigares Toscani, les trempèrent sous le robinet et les réduisirent en miettes dans le jardin. Il ne pensait pas être victime du même sort que son père, et ce encore nettement plus jeune.

D’après l’Observatoire suisse de la santé (Obsan), seules 74 personnes de la catégorie d’âge des 25 à 34 ans ont été victimes en Suisse d’un infarctus du myocarde en 2018. Sur quelque 18'000 cas au total cette même année, cela représente moins de 0,5%, c’est donc un phénomène rare. Mais le jeune âge est un signe d’une situation à risque particulière. En cas d’infarctus du myocarde chez un homme de moins de 55 ans ou une femme de moins de 60 ans, on part du principe qu’une prédisposition familiale est très probable, c’est-à-dire que la personne concernée a hérité de gènes qui favorisent la maladie et peut aussi les transmettre à ses enfants. On connaît aujourd’hui une soixantaine de variants génétiques associés à un risque accru d’infarctus du myocarde. Cela veut dire qu’on a découvert des régions du génome qui sont liées d’une manière ou d’une autre à l’infarctus du myocarde. En plus de notre mode de vie occidental, les prédispositions génétiques ont donc aussi une part de responsabilité dans l’apparition de l’infarctus du myocarde et sont souvent inconnues. Ces variants génétiques font donc l’objet de recherches intensives. L’objectif poursuivi est une médecine personnalisée. Connaître les risques d’origine génétique signifie pouvoir soigner précocement pour éviter que l’accident ne se produise.

Une maladie héréditaire
Chez Pascal Fritsche, on connaît la responsable: c’est l’hypercholestérolémie familiale dont il est atteint. Il s’agit d’une maladie héréditaire qui touche dans notre pays environ une personne sur 200. Ces personnes ont dès leur jeunesse un taux de cholestérol très élevé, d’où un grand risque d’infarctus du myocarde. Mais bien souvent, comme dans le cas de Pascal Fritsche, les taux de lipides sanguins trop élevés ne sont découverts qu’après l’infarctus. À présent, il reçoit un traitement à vie par des statines, des hypolipémiants, mais chez lui, ces médicaments n’agissent pas suffisamment. Un nouveau traitement permet de faire baisser nettement les taux de lipides sanguins, même s’ils ne sont pas encore dans la norme. Le médicament est un anticorps monoclonal qu’il doit s’injecter à intervalles de quelques semaines.

À l’hôpital, juste après avoir réussi le traitement par cathéter, le cardiologue lui dit: «À partir de maintenant, vous pourrez fêter deux fois votre anniversaire. Si vous étiez resté chez vous, vous ne seriez plus là.» Cette phrase le secoua et changea sa vie. Depuis, il veut réaliser ses rêves sans attendre: l’année prochaine, il ouvrira une boutique d’artisan glacier à Bâle. La production a déjà commencé dans une confiserie, lui et son partenaire commercial inventent et mettent au point actuellement de nouvelles recettes. Lui et sa compagne se sont mariés récemment et veulent bientôt fonder une famille. Lorsqu’ils seront parents, ils devront surveiller le taux de cholestérol de leurs rejetons. En effet, le risque est grand que fils ou fille héritent des gènes du papa.

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