Écouter les cellules pour empêcher l’AVC

L’accident ischémique transitoire (AIT) est un trouble passager de la circulation sanguine dans le cerveau qui peut annoncer un AVC. L’AIT n’est pas toujours facile à diagnostiquer, c’est pourquoi Carlo Cereda, du Neurocentro della Svizzera Italiana à Lugano, recherche une nouvelle méthode.

Mis à jour le 13 février 2025
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Dans votre étude, vous vous concentrez sur le diagnostic de l’accident ischémique transitoire, aussi appelé AIT. Pourquoi?
Pr Carlo Cereda: Comme l’indique le terme transitoire, lorsque je vois une patiente ou un patient avec soupçon d’AIT au service des urgences, les symptômes ne sont plus là. Mais l’AIT peut annoncer un problème vasculaire sérieux dans le cerveau, à savoir un AVC, un peu comme l’angine de poitrine qui annonce un infarctus du myocarde.

Comment peut-on actuellement diagnostiquer l’AIT?
Pour le diagnostic, je dois me baser sur ce que le patient me raconte. En complément, je peux me faire une image du cerveau par IRM ou CT. Parfois, j’y vois de petits signes d’ischémie, c’est-à-dire d’un trouble de la circulation, mais bien souvent, je ne vois rien, parce que l’ischémie a disparu. C’est pourquoi il serait idéal de pouvoir confirmer un soupçon d’AIT par une analyse de sang. En cardiologie, on connaît la troponine que l’on peut mettre en évidence dans le sang en cas d’angine de poitrine ou d’infarctus du myocarde. Mais nous n’avons pas encore de biomarqueur de ce type pour l’AIT ou l’AVC.

En cas d’AIT, que peut-on faire pour éviter d’en arriver à un AVC?
Il est essentiel qu’une personne atteinte d’un AIT soit immédiatement transférée dans un centre spécialisé où on peut poser rapidement un diagnostic. En cas de risque important, on peut mettre en œuvre des mesures préventives. Par exemple, en cas de rétrécissement de la carotide, il faut hospitaliser la patiente ou le patient, en cas de fibrillation auriculaire, on peut prescrire un anticoagulant. Donc si je sais quelles sont les causes des symptômes, il est éventuellement possible d’éviter un gros AVC.

Entre-temps, vous avez découvert un éventuel biomarqueur qui pourrait indiquer un AIT.
Oui, mais le chemin est encore long. Dans une étude précédente, nous avons examiné selon le processus décrit des patientes et patients arrivant aux urgences en raison d’un soupçon d’AIT. Les personnes qui avaient une forte probabilité d’AIT présentaient un schéma particulier des vésicules extracellulaires. Ces vésicules transportent des informations d’une cellule à l’autre. Le schéma était très différent selon que les patientes et patients avaient ou non une ischémie cérébrale. Mais il s’agissait d’une petite étude avec peu de patientes et patients. À présent, nous voulons confirmer cette découverte par une étude de plus grande taille.

Carlo Cereda rgb web

Pr Dr méd. Carlo Cereda: Ente Ospedaliero Cantonale, Istituto di Neuroscienze Cliniche della Svizzera Italiana, Stroke Center EOC, Clinique de neurologie Lugano

Pouvez-vous nous expliquer plus précisément ce que sont les vésicules extracellulaires?
Les vésicules extracellulaires ou VE sont des particules membranaires sécrétées par une cellule et qui peuvent être captées par une autre cellule. Pour simplifier, on peut dire qu’il s’agit d’un moyen de communication entre les cellules. En analysant les VE, nous pouvons en quelque sorte entendre les informations échangées entre les cellules. Dans notre cas, si c’est un événement ischémique ou non-ischémique qui a eu lieu. Les processus liés à l’ischémie, par exemple la dissolution d’un caillot, modifient la communication. C’est comme si les cellules disaient: «j’ai vu un caillot». Nous observons quelle est la typologie la plus marquée des vésicules pour réaliser un profil.

Comment l’utilisation de l’analyse du profil des VE pourrait-elle améliorer le diagnostic et le traitement de l’AIT au quotidien?
Autrefois, il fallait des mois pour établir le profil des VE, c’est beaucoup plus rapide de nos jours. Théoriquement, il suffirait donc d’une analyse de sang pour confirmer une ischémie, même sans IRM. Ou si nous ne pouvons pas constater l’ischémie à l’IRM parce que le vaisseau sanguin n’est plus obstrué. Ce serait comme avec la troponine qui avertit d’un infarctus du myocarde.

Quels défis voyez-vous avant de pouvoir introduire cette nouvelle technique de diagnostic dans la pratique?
Nous devons d’abord mieux comprendre le profil ischémique des VE. Dans le test de la troponine, on regarde uniquement le taux de cette molécule dans le sang. Pour les VE, nous observons toute une trame, c’est beaucoup plus compliqué à interpréter.

La Fondation Suisse de Cardiologie soutient votre étude. Quelle est l’importance de ce soutien pour vos travaux de recherche?
Il est extrêmement important, car il s’agit de la santé cérébrale et nous savons que l’AVC est à cet égard le problème numéro un. Mais il n’y a pas beaucoup de soutien pour la recherche sur l’AVC. La Fondation Suisse de Cardiologie est l’un des premiers et des principaux organismes de promotion de ce domaine en Suisse. Sans cette aide, nous ne pourrions pas réaliser ces travaux de recherche.

Soutenez le promotion de la recherche de la Fondation Suisse de Cardiologie. Grâce à la recherche, la prévention, le diagnostic et le traitement peuvent être améliorés, afin que les personnes restent le plus longtemps possible en bonne santé et autonomes et puissent, en cas de maladie, mener une vie digne de ce nom.
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