Une maladie de cœur se passe aussi dans la tête
Au «Bistro du cœur», les patient-e-s peuvent dire tout ce qu’ils ont sur le cœur. Après un accident cardiaque, l’échange d’expériences est important, car il aide à surmonter les peurs et les soucis, affirme Kurt Brüderlin, initiateur du projet.
De confortables canapés et fauteuils sont groupés dans un coin du hall d’entrée du centre de santé et de fitness Dy-Fit à Münchenstein, près de Bâle. Les tasses de café posées sur la petite table embaument. «Nous voulons que l’ambiance soit un peu comme à la maison», dit Sandra Flury, propriétaire du centre. Tout est ouvert et lumineux, pas de bureau stérile, rien qui fasse penser à une consultation médicale. Il y a deux ans, Kurt Brüderlin lui a présenté son projet: il voulait créer un bistro du cœur où les personnes touchées puissent se rencontrer. Pour cela, il était à la recherche d’un local, lui expliqua-t-il.
Aujourd’hui âgé de 80 ans, il avait lui-même été victime d’un infarctus du myocarde en 2017. Dans le cadre d’une opération, on lui posa trois pontages et remplaça sa valve aortique par une valve artificielle. Il alla ensuite en réadaptation, le programme classique. Tout se passa bien, ce n’est que lorsqu’il rentra chez lui qu’il se retrouva tout à coup livré à lui-même. «Personne ne m’avait dit à qui m’adresser si je ne pouvais plus faire telle ou telle chose», se rappelle-t-il. Pourquoi n’y a-t-il pas d’endroit où communiquer avec d’autres personnes touchées, se demandait-il souvent, et il eut l’idée d’y remédier. La recherche d’un lieu fixe s’avéra difficile. Pendant un an, il arpenta la région pour faire la publicité de son projet, mais la réaction était presque toujours la même: «Et nous, quel bénéfice pouvons-nous attendre?». Sandra Flury réagit différemment: une perle rare, affirme-t-il. Tous les lundis matins, elle met l’espace gratuitement à sa disposition. La Fondation Suisse de Cardiologie a soutenu la mise en place.
On peut passer spontanément au Bistro du cœur et parler de ses peurs et de ses soucis. En particulier les personnes qui vivent seules apprécient cette possibilité. Ce sont souvent de petites choses pour lesquelles le ou la médecin manque de temps, mais qui
sont très importantes pour les personnes concernées, par exemple des difficultés à prendre les médicaments. ien souvent, Kurt Brüderlin connaît par expérience les solutions envisageables. L’activité physique est aussi un sujet abordé au bistro, les personnes
touchées manquent souvent de motivation. «Nous essayons de débloquer la manette qui est là-haut», dit-il. En effet, la maladie se passe souvent aussi dans la tête, souligne-t-il.
Le coronavirus a porté un coup au Bistro du cœur, les visiteuses et visiteurs ne sont pas venus pendant longtemps. Mais Kurt Brüderlin est d’un naturel optimiste et il est convaincu de cette offre. «Ce qui serait important pour nous, ce serait que les médecins admettent la valeur de cet échange pour la santé», insiste-t-il. Hélas, le soutien des médecins laisse jusqu’à présent à désirer.