«Une AOMI non diagnostiquée est une bombe à retardement»

Au début, elle se fait à peine remarquer. Mais si on ne la prend pas au sérieux, l’AOMI est une maladie qui peut avoir des conséquences graves. Comment constater et soigner un trouble circulatoire des jambes? C’est ce que nous explique Daniel Staub, angiologue.

Mis à jour le 14 mai 2025
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Qu’est-ce que l’artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI)?
Pr Daniel Staub:
On parle d’AOMI en présence d’un trouble circulatoire mesurable, significatif, dans les extrémités, le plus souvent inférieures, donc les jambes. La cause en est un rétrécissement ou une obstruction d’une des artères de gros calibre qui alimentent la jambe. Plus rarement, cela peut arriver aussi dans les bras, mais entraîne alors moins de problèmes cliniques.

On parle aussi d’un danger insidieux, pourquoi?
La circulation se détériore en général très progressivement, de sorte qu’on ne ressent rien pendant longtemps. La perception des symptômes dépend aussi de l’effort fourni, donc les personnes qui sont physiquement inactives ou très peu actives ne ressentent des symptômes que lorsque la maladie est déjà à un stade très avancé.

Quel en est le danger?
L’AOMI est due à l’athérosclérose, il s’agit donc d’une maladie systémique. Bien souvent, ce ne sont pas seulement les artères de la jambe qui sont touchées, mais aussi celles d’autres organes. Par exemple, les artères coronaires peuvent être rétrécies avec, dans le pire des cas, un infarctus du myocarde à la clé. Si des artères du cerveau ou menant au cerveau sont touchées, il y a un risque d’AVC. Une AOMI qui n’est pas diagnostiquée pendant longtemps est donc toujours une bombe à retardement.

Et pourtant, on ne parle pas très souvent de cette maladie et elle est mal connue.
Visiblement, on ne prend pas très au sérieux le fait d’avoir des troubles circulatoires dans les jambes. Des problèmes dans les jambes ne sont pas directement menaçants comme un infarctus du myocarde.

Comment remarque-t-on l’AOMI?
À l’effort, les muscles de la jambe ne sont pas suffisamment oxygénés. Au bout d’une certaine distance de marche, on commence à ressentir des douleurs dans la cuisse ou le mollet, comme une sorte de courbature. Si l’effort est important, par exemple gravir les escaliers ou marcher rapidement, la douleur se fait sentir plus rapidement et plus fortement. Elle s’estompe au bout de quelques minutes de pause. Et comme la douleur s’estompe à chaque fois, de nombreuses personnes n’en font pas grand cas au début.

Que se passe-t-il lorsque la maladie s’aggrave?
Avec le temps, la distance que l’on peut parcourir sans douleur raccourcit de plus en plus, on est donc de plus en plus limité. Lorsque les troubles circulatoires sont très prononcés, la douleur peut finir par se faire sentir aussi au repos, en particulier la nuit, parce que la position allongée diminue encore plus la pression dans les vaisseaux sanguins. Les orteils ou les pieds sont douloureux, on est obligé de se lever ou de laisser pendre la jambe hors du lit. À un stade très avancé de l’AOMI, les plaies ne guérissent plus et les tissus se nécrosent, par exemple dans l’orteil, de sorte qu’on risque une amputation de l’orteil ou, dans le pire des cas, de la jambe.

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«L’AOMI touche des personnes présentant les risques cardio-vasculaires classiques, tout particulièrement les fumeuses et fumeurs», dit le professeur Daniel Staub, médecin-chef du service d’angiologie à l’Hôpital universitaire de Bâle.

Qui est concerné?
Ce sont des personnes présentant les risques cardio-vasculaires classiques, en particulier les diabétiques et les fumeuses et fumeurs. Le principal facteur de risque est le tabagisme, c’est pourquoi on parlait autrefois de «jambe du fumeur».

Des douleurs musculaires peuvent aussi avoir d’autres causes. Comment peut-on les distinguer de l’AOMI?
Si nous soupçonnons un trouble de la circulation, nous pouvons le mesurer. Pour cela, nous mesurons la pression sanguine au bras et dans la jambe, au niveau de la cheville. En cas d’obstruction d’une artère quelque part entre le ventre et les pieds, la pression diminue au niveau de la cheville. Cette méthode rapide et fiable nous permet de confirmer ou exclure une AOMI.

Quand a-t-on besoin d’un traitement?
Cela dépend fortement des symptômes. Ce qui est important pour toutes les personnes touchées, c’est de bien soigner leurs facteurs de risque cardio-vasculaires. Cela veut dire un traitement médicamenteux optimal de manière à atteindre les objectifs de tension artérielle, taux de cholestérol et glycémie. Le plus souvent, nous prescrivons aussi une légère anticoagulation sous forme d’un antiagrégant plaquettaire comme par exemple l’Aspirine. Des modifications du mode de vie font impérativement partie du traitement, c’est-à-dire une alimentation saine pour le cœur, beaucoup d’activité physique et l’arrêt du tabac.

On a du mal à avoir une activité physique en cas d’AOMI, mais elle fait partie du traitement.
Exactement. Nous parlons d’entraînement à la marche. Les patientes et patients doivent faire au moins trois fois 30 minutes de marche par semaine. On marche jusqu’à ce que la douleur se manifeste, on fait alors une pause, puis on reprend la marche. En s’entraînant de la sorte pendant plusieurs mois, on peut allonger nettement le trajet parcouru sans douleur. Cela améliore non seulement les symptômes, mais aussi la santé cardio-vasculaire et la forme physique. Mais il faut pour cela beaucoup de volonté et d’engagement de la part des patientes et patients.

Que se passe-t-il lors de l’entraînement à la marche?
L’idée est que l’effort réduit l’irrigation des muscles, d’où une légère douleur. Le manque d’irrigation incite le corps à fabriquer de nouveaux vaisseaux sanguins. C’est ce que nous appelons des vaisseaux collatéraux. Ils contournent le segment rétréci et les obturations et améliorent l’irrigation.

Quand faut-il une opération?
Si l’entraînement à la marche n’améliore pas suffisamment la situation, nous pouvons traiter le rétrécissement qui entrave la circulation dans la jambe. Pour cela, nous introduisons un cathéter dans le vaisseau sanguin et nous dilatons le rétrécissement à l’aide d’un ballonnet, comme on le fait pour les artères coronaires. Dans certaines situations, il faut aussi poser un stent. Cette intervention implique souvent une courte hospitalisation, certaines interventions peuvent se faire en ambulatoire. Enfin, il y a des opérations de chirurgie vasculaire plus complexes, par exemple une opération de pontage. Mais la chirurgie vasculaire peut être très lourde pour la personne, donc on y a surtout recours à un stade avancé de l’AOMI, pour éviter une amputation de la jambe. 

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Troubles circulatoires des jambes (AOMI)

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