Renforcer le cœur après un infarctus
Après un infarctus du myocarde, le cœur est souvent affaibli et ne parvient plus à pomper le sang avec assez de puissance dans l’organisme. Avec le temps, cela peut aboutir à une insuffisance cardiaque. Dans son projet de recherche, la docteure Sarah Costantino cherche un moyen de stopper ce processus.
Dans son projet de recherche, la docteure Sarah Costantino, Centre de cardiologie moléculaire de l’Université de Zurich, étudie les modifications épigénétiques associées au développement de l'insuffisance cardiaque.
Docteure Sarah Costantino, comment pourrait-on faire obstacle à l’insuffisance cardiaque?
Il n’y a pas beaucoup de traitements qui peuvent empêcher l’insuffisance cardiaque après un infarctus du myocarde. Comme nous savons que des modifications épigénétiques pourraient être utiles, nous étudions leur rôle dans la prévention de l’insuffisance cardiaque. Concrètement, nous nous penchons sur des cellules particulières de la moelle osseuse appelées EOC (Early angiogenic Outgrowth Cells; n.d.r.). Ces cellules sont capables de favoriser la vasculogenèse, et cela pourrait être utile en cas d’insuffisance cardiaque.
Que signifie vasculogenèse et quel est son avantage après un infarctus du myocarde?
Lors d’un infarctus du myocarde, l’une de nos artères est obstruée, de sorte qu’une partie de notre cœur ne reçoit plus de sang. La vasculogenèse signifie que de nouveaux vaisseaux collatéraux se forment, le sang peut alors suivre ces voies pour atteindre cette partie du cœur. Mais en cas d’infarctus du myocarde, des facteurs comme les inflammations ou le stress oxydant empêchent ce mécanisme.
Quelle est votre approche dans cette étude?
De nombreux travaux montrent que des informations épigénétiques peuvent jouer un rôle important dans l’apparition de maladies cardiaques. Nous savons que des facteurs de l’organisme
comme les inflammations et le stress oxydant, mais aussi des facteurs externes comme le tabagisme ou la pollution, influencent les informations épigénétiques. Nos recherches se concentrent sur la modification épigénétique déclenchée par l’enzyme SETD7, une méthyltransférase. Les inflammations et le stress oxydant entraînent une régulation de cette enzyme à la hausse, ce qui favorise à son tour les inflammations et le stress oxydant, c’est donc un cercle vicieux. L’avantage est que les modifications épigénétiques sont réversibles. Nous pouvons donc améliorer ces processus de notre organisme, en l’occurrence favoriser la formation de nouveaux vaisseaux sanguins dans le cœur après un infarctus.
Quels résultats avez-vous obtenu jusqu’à présent?
L’inhibition sélective de SETD7 nous a permis de réduire nettement l’activation des voies inflammatoires. À présent, nous devons faire d’autres analyses pour voir si cela réduit aussi les contraintes sur l’endothélium des patients ayant subi un infarctus du myocarde.
Quel genre de traitement pourrait-il en découler?
Nous pouvons facilement isoler les EOC du sang d’un patient, les cultiver et reprogrammer les cellules avant de les réinjecter au patient. En inhibant parallèlement la SETD7 par voie pharmacologique, les EOC pourraient jouer leur rôle, à savoir former de nouveaux vaisseaux collatéraux. Mais nous devons d’abord montrer que les cellules parviennent à atteindre le site de la lésion.
Après un infarctus du myocarde, aurait-on assez de temps pour réaliser tout cela?
Les cellules se multiplient très rapidement, nous pouvons faire tout cela en l’espace d’une semaine. Mais cette approche ne vise pas la phase aiguë de l’infarctus, nous visons la phase où le patient est stabilisé.
Quels travaux devez-vous encore réaliser avant qu’un traitement soit éventuellement disponible?
Pour le moment, nous sommes à la phase des expériences in vitro. Si les résultats sont positifs, nous devrons les confirmer chez la souris. Si, là encore, nous aboutissons à des résultats positifs en toute sécurité, nous pourrons réaliser depremières études préliminaires chez l’être humain. Mais nous en sommes encore loin, cela va durer encore au moins trois ou quatre ans.