L’éveil de la réadaptation après un AVC
Stefan Engelter de l’hôpital Felix Platter à Bâle souhaite améliorer l’efficacité de la réadaptation des patientes et patients après un AVC (accident vasculaire cérébral, attaque cérébrale). Pour cela, il veut utiliser un médicament bien connu dans le traitement de la maladie de Parkinson.
Professeur Engelter, votre étude vise à améliorer la réadaptation après un AVC. De quoi s’agit-il?
Pr Stefan Engelter: Le traitement de l’AVC a fait énormément de progrès, d’une part en phase aiguë grâce aux nouvelles possibilités de réouvrir les artères cérébrales obstruées. D’autre part aussi en prévention secondaire, c’est-à-dire tout ce qui vise à empêcher qu’un nouvel AVC se produise. Par contre, la réadaptation a moins progressé. C’est pourquoi nous nous sommes demandés comment améliorer l’efficacité de la réadaptation actuelle. Nous avons eu l’idée d’employer un médicament pour accroître l’efficacité des thérapies en phase de réadaptation, de manière à ce que les patientes et patients se rétablissent plus rapidement et plus durablement. Ce médicament est la lévodopa. Elle n’est pas nouvelle, mais au contraire bien connue pour le traitement de la maladie de Parkinson. Si vous avez vu le film «L’Éveil», vous savez quel effet elle peut avoir sur la motricité et l’activité.
Comment avez-vous eu l’idée d’étudier l’effet de la lévodopa en combinaison avec les thérapies de réadaptation?
Des études expérimentales ont montré qu’en combinaison avec une thérapie, la lévodopa a un effet positif sur la plasticité, c’est-à-dire la réorganisation des cellules nerveuses. Chez des personnes âgées en bonne santé qui devaient faire un exercice simple, comme marcher sur une ligne, la lévodopa avait pour effet qu’elles faisaient moins de pas latéraux que celles qui avaient reçu un placébo. La lévodopa améliorait la concentration et l’apprentissage moteur.
Comment mesurez-vous l’efficacité de la lévodopa sur le rétablissement moteur?
Nous utilisons l’échelle de motricité de Fugl-Meyer. Il s’agit d’un score relativement détaillé pour lequel il faut faire des exercices de bras et de jambes précis, pertinents pour l’individu dans la vie de tous les jours. Des points sont attribués pour les différents exercices et à la fin de l’étude, nous regardons si les patientes et patients sous lévodopa ont obtenu plus de points que ceux qui n’ont pas pris le médicament.
Vous étudiez aussi le rôle de biomarqueurs. Pourquoi sont-ils importants pour la réadaptation après un AVC?
Les biomarqueurs fournissent des informations sur l’état du système cardio-vasculaire et du système immunitaire et servent d’indicateurs de l’effet de la réadaptation chez les différentes personnes. Nous pensons que deux facteurs pourraient jouer un rôle important pour la réadaptation: d’une part les performances du système cardio-vasculaire, d’autre part les processus de vieillissement du système vasculaire et du système immunitaire. Il se peut par exemple que les personnes dont le cœur est affaibli en retirent plus, ou au contraire moins de bénéfice que celles dont le cœur est plus puissant.
Le système immunitaire vieillit lui aussi?
Oui, il y a aussi des processus de vieillissement du système immunitaire, c’est-à-dire avec quelle rapidité nous pouvons réagir aux infections, aux inflammations. Est-ce un facteur décisif pour la réadaptation, et si oui, de quelle manière? On pourrait supposer qu’une personne dont le système immunitaire est en bonne forme réagit aussi mieux à la thérapie. Mais ce n’est peut-être pas le cas, c’est peut-être même le contraire. Au final, les marqueurs devraient nous montrer s’il faut modifier quelque chose au niveau de la thérapie.
Pr Stefan Engelter: médecin-chef, Département de réadaptation et neurologie, gériatrie universitaire FELIX PLATTER, Université de Bâle
Qu’espérez-vous déduire de vos résultats en termes de personnalisation de la réadaptation?
Un grand nombre de patients participent à l’étude, cela nous permet de comparer de nombreux types de patients différents. En outre, nous avons non seulement observé les facteurs de risque habituels comme l’hypertension artérielle ou le tabagisme, mais aussi qui a suivi quel type de thérapie, combien, à quelle fréquence, qui a eu des sessions de thérapie plus courtes ou plus longues, etc. Dans nos résultats, nous regardons si nous découvrons des schémas qui permettent de dire qui retire plutôt un bénéfice de telle ou telle forme de thérapie. Cela n’existe pas jusqu’à présent, c’est «taille unique», par exemple, tout le monde a ses trois ou quatre thérapies par jour.
Et qu’en est-il du bénéfice de la lévodopa?
Nous voulons bien sûr surtout savoir qui en retire un bénéfice. Mais même si la lévodopa n’apporte pas le succès escompté, l’étude sera néanmoins utile, car à l’aide des marqueurs et des variables, nous verrons quels sont les facteurs importants pour quels patients.
Quel pourrait être l’impact des résultats de votre étude sur le futur traitement de l’AVC et la réadaptation?
La lévodopa est très bon marché et comme on l’utilise depuis longtemps, nous savons qu’elle est en principe sûre. Si cela se confirme dans notre étude, nous aurons prouvé qu’elle ne fait pas de mal à nos patientes et patients victimes d’un AVC. Donc même un petit effet positif serait très intéressant, car ce serait un grand avantage pour un grand nombre de patients de pouvoir se rétablir ne serait-ce qu’un petit peu plus rapidement et durablement.
Cette étude a été rendue possible entre autres par la Fondation Suisse de Cardiologie. Quelle est l’importance de ce soutien pour vos travaux de recherche?
Au nom de tout le groupe de travail, je peux dire que nous sommes très reconnaissants de ce soutien. La Fondation Suisse de Cardiologie nous aide de manière non bureaucratique à réaliser des travaux de recherche vraiment innovants et pertinents pour les patients. Des projets comme celui-ci sont intéressants, d’une part du point de vue scientifique, mais ils ont aussi une importance pour les individus et c’est cela qui nous motive véritablement. Nous sommes très heureux que la Fondation soutienne de tels projets.