«J’avais très peur qu’il faille le débrancher»
Jean-Bernard Repond a survécu à un arrêt cardio-circulatoire soudain. Le fait qu’il puisse poursuivre sa vie avec son épouse Micheline et sa famille, il le doit à une très grande chance. Mais aussi et surtout à l’intervention courageuse de trois personnes.
Source: Ralph Hut
Quand Jean-Bernard Repond commence son récit, on se croirait en plein thriller. À 67 ans, il rayonne d’optimisme et d’énergie positive alors qu’il a frôlé la mort il y a tout juste deux mois. Il sort son smartphone et dit: «Regardez, c’est là que c’est arrivé». Il ouvre l’appli de fitness qu’il utilise dans ses activités sportives pour enregistrer sa fréquence cardiaque et montre la courbe: à 9 h 50, elle chute soudain de 132 à zéro. Ensuite, elle remonte un tout petit peu avant de redescendre pour de bon. Son coeur à l’arrêt a-t-il brièvement retenté de battre avant que le sauveteur ne commence le massage cardiaque?
Le 9 mai dernier, Jean-Bernard Repond part courir comme il en a l’habitude. Les Repond habitent en Gruyère, sur les hauteurs de Bulle, à près de 800 mètres d’altitude. Il fait assez frais, mais cela ne le décourage pas: il se prépare pour le Semi-marathon des 3 pays à Bâle. Le sport a toujours été sa grande passion. Lui et son épouse Micheline ont déjà traversé ensemble une bonne partie du continent à vélo et à pied. Ce matin-là, il court son trajet sans forcer, descend le quartier jusqu’au rond-point où il hésite à traverser pour poursuivre le long d’un petit ruisseau bordé d’une grande haie. Mais comme une voiture approche, il décide de continuer sur le trottoir qui longe la route. Au bout d’une centaine de mètres, il s’effondre à terre et reste inanimé.
Une heure plus tard, Micheline Repond reçoit un étrange message d’une amie qui lui demande de ses nouvelles ainsi que de Jean-Bernard. Cette dernière raconte qu’on lui a rapporté qu’un accident avait eu lieu et que la personne allongée par terre ressemblait à Jean-Bernard. «J’ai compris que Jean-Bernard avait eu un problème grave. J’ai tout de suite pensé à un infarctus», raconte Micheline. Elle appelle alors le service des urgences de l’Hôpital cantonal de Fribourg et un médecin lui explique que son mari a été victime d’un arrêt cardio-circulatoire et qu’il se trouve aux soins intensifs. «Je savais qu’il n’était pas mort physiquement, mais j’avais très peur qu’il ait un bug cérébral et qu’il faille le débrancher», se rappelle-t-elle.
Jean-Bernard a été pris en charge pendant cinq jours par les soins intensifs de l’HFR de Fribourg. Micheline Repond et leurs enfants ont vécu cette période dans l’angoisse. Peu à peu, il a retrouvé la mémoire. «C’était une semaine très difficile», se rappelle Micheline. Le pire aurait pu arriver, mais petit à petit, l’état de santé de son mari s’est amélioré. Au bout de cinq jours, juste avant sa sortie de l’hôpital, on lui a implanté un stimulateur cardiaque avec défibrillateur. «Et quatre heures plus tard, on était sur la terrasse ici. C’était très bizarre», raconte Micheline. «Pour moi, c’était compliqué, stressant et j’ai eu un grand passage à vide».
Jean-Bernard et Micheline Repond. (Source: Ralph Hut)
Micheline a ressenti les effets du choc durant plusieurs semaines. D’entente avec Jean-Bernard, elle a cherché à savoir comment s’était déroulé précisément son sauvetage. Elle a donc lancé un appel sur Facebook pour connaître l’identité des sauveteurs ou sauveteuses. Son message s’est répandu comme une traînée de poudre. Trois personnes l’ont contactée et quelque temps plus tard, le couple a pu les rencontrer. C’est en parlant avec elles qu’ils ont compris combien Jean-Bernard avait eu de la chance. Tout d’abord, il n’avait pas traversé la route pour courir le long du ruisseau. «Là-bas, personne ne m’aurait trouvé»,constate-t-il. Lorsqu’il s’est effondré sur le trottoir, un automobiliste l’a vu et a composé immédiatement le numéro d’urgence 144. Par le plus grand des hasards, une ambulance se trouvait à proximité. Une deuxième personne a commencé immédiatement un massage cardiaque sous les recommandations données au téléphone par l’ambulancière. Une troisième personne a participé aux secours.
«Je fais partie des 8% de personnes qui survivent à un arrêt du coeur et du tout petit nombre qui n’a pas de séquelles.»
Tout cela tient du miracle. «Je fais partie des 8 % environ de personnes qui survivent à un arrêt du coeur et du tout petit nombre qui n’a pas de séquelles», souligne Jean-Bernard Repond. Entre la vie et la mort, quelques minutes ont décidé ce matin-là de son sort. Quinze jours après son arrêt cardio-circulatoire, avec sa famille, il a assisté, pour une fois en spectateur, au Semi-marathon des 3 pays à Bâle. «Cela aurait pu être la fin, dit-il, mais quelques semaines plus tard, j’apprenais avec bonheur que je ne serais pas limité dans mes activités sportives. Je ressens une infinie reconnaissance». Il doit cet heureux dénouement en particulier à des personnes qui ont fait ce qu’il fallait au bon moment. «En acceptant de raconter mon histoire», explique-t-il, «j’ai surtout envie d’affirmer que tout le monde peut sauver la vie de quelqu’un». Douce le reste du temps, sa voix se fait plus forte lorsqu’il insiste pour conclure ainsi: «Apprenons toutes et tous les gestes qui sauvent! À tous les niveaux, formons, formons, formons!»