Lorsque notre système immunitaire met le cœur en danger

Le docteur Antonino Cassotta s’efforce de découvrir pourquoi, après un infarctus du myocarde, notre système immunitaire peut entraîner une insuffisance cardiaque, ainsi que comment protéger les patient-e-s de ce processus funeste. Ses découvertes pourraient également bénéficier à d’autres patient-e-s que les cardiaques.

Mis à jour le 28 août 2025
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Docteur Cassotta, vous êtes immunologiste et non cardiologue. Qu’est-ce qui vous a mené à la recherche cardio-vasculaire?
Dr Antonino Cassotta:
Oui, je suis immunologiste de formation. Le système immunitaire est tellement complexe qu’il peut aussi influencer des aspects des maladies humaines qui dépassent la protection classique contre les infections. Des découvertes actuelles ont éveillé mon intérêt, car on s’est aperçu que des réactions du système immunitaire jouent un rôle important dans des maladies cardio-vasculaires comme l’athérosclérose, l’insuffisance cardiaque ou la myocardite. Or, les détails de ces réactions immunitaires sont encore inconnus et grâce à ma formation et à mon expérience, je pense pouvoir apporter une contribution utile dans ce domaine.

Lors d’un infarctus du myocarde, une réaction du système immunitaire déclenche une inflammation. Que se passe-t-il à cette phase?
Au moment où nous subissons un infarctus du myocarde, l’oxygénation est insuffisante, ce qui déclenche la nécrose cellulaire. Les cellules du myocarde responsables de la contractilité meurent et libèrent leur contenu. Ceci est un signal de danger qui communique à notre système immunitaire que quelque chose ne va pas. Le système immunitaire déclenche alors toute une cascade d’évènements qui entraînent une inflammation. Au début, l’inflammation est une bonne chose, elle lance le mécanisme de réparation. Mais si elle se maintient trop longtemps, elle peut avoir des effets néfastes. Comme partout dans la vie, notre réponse immunitaire a elle aussi besoin d’un équilibre. Ce que je veux étudier dans mes travaux de recherche, c’est comment faire la différence entre une bonne inflammation et une mauvaise et comment améliorer ce processus pour favoriser la réparation et une issue positive de l’infarctus.

Ce processus peut avoir pour effet d’affaiblir le cœur, menant à l’insuffisance cardiaque. Quelles en sont les raisons?
Une inflammation persistante peut être dommageable dans ce processus parce qu’elle peut déclencher une fibrose, c’est-à-dire que les tissus contractiles sont remplacés par des tissus inertes. Cela réduit la force du muscle cardiaque, avec à la clé l’insuffisance cardiaque.

Comment vous attaquez-vous à ces problèmes dans votre étude?
J’essaye d’identifier les molécules que le système immunitaire interprète comme des dangers. Cela nous permettrait de trouver de nouvelles cibles pour des médicaments. Mais la route est encore longue. Le voyage se compose de petites étapes et j’en suis en quelque sorte à la première. Avec des médecins du Cardiocentro Ticino, nous avons élaboré un protocole et nous recrutons actuellement des patients victimes d’un infarctus du myocarde. L’élément clé est que la réponse immunitaire se déroule par vagues, de sorte qu’il ne suffit pas d’une observation à un moment donné, car nous n’aurions alors qu’une image floue de la réaction. Nous devons l’observer pendant une période prolongée. C’est pourquoi nous faisons une prise de sang après l’infarctus, juste avant l’angioplastie coronaire percutanée, juste après, puis une semaine, un mois et six mois après. Ainsi, nous avons des échantillons de chaque patient en phase aiguë et plus tard ou en phase chronique. Cela nous permet d’observer la dynamique de ce qui se passe avec le temps.

Antonino Cassotta portrait web

Source: Dr Antonino Cassotta

Vous utilisez des cellules musculaires cardiaques issues de cellules souches pluripotentes. Quel est leur avantage?
Les cellules souches induites sont pour nous un outil qui nous fournit des cellules qui ressemblent aux vraies cellules in vivo, que ce soient des cardiomyocites ou des cellules immunitaires éventuellement pathologiques. Il s’agit d’un outil expérimental qui nous permet de reproduire au laboratoire ce qui se produit dans le corps humain.

D’où proviennent les cellules souches que vous utilisez?
Des échantillons sanguins de chaque patient. Nous intégrons ensuite des gènes qui pilotent la différenciation des cellules souches. Ainsi, nous pouvons reprogrammer les cellules d’un même échantillon sanguin pour en faire aussi bien des cardiomyocites que des cellules immunitaires.

Qu’espérez-vous découvrir?
Malgré les opérations et les traitements médicamenteux, un an après l’infarctus, 20% des patients développent une insuffisance cardiaque. J’espère trouver des marqueurs qui nous montreront précocement si un patient est à risque d’insuffisance cardiaque. Dès que nous le saurons, nous pourrons suivre ces personnes particulièrement étroitement. À long terme, si nous avons un marqueur sur lequel nous pouvons agir, nous pourrions même développer un nouveau traitement. Nous pourrions aussi utiliser les cellules immunitaires pour améliorer la guérison. Ce qu’il y a de bien dans le système immunitaire, c’est qu’il offre une approche plus ciblée que la pharmacologie qui peut agir aussi en dehors de la zone cible. Pour l’avenir, la thérapie génique ou l’immunosuppression limitée au cœur pourraient être des options.

Comment les résultats de vos recherches pourraient-ils améliorer la vie des patientes et patients?
Comme je le disais, les résultats pourraient permettre d’améliorer la stratification des patients et nous fournir une piste pour un nouveau traitement, de sorte qu’on pourrait éviter que l’infarctus du myocarde débouche sur une insuffisance cardiaque. Mais ils pourront aussi nous aider à comprendre la biologie fondamentale de la réponse immunitaire liée aux lésions tissulaires aiguës. C’est important, car on utilise de plus en plus de médicaments qui utilisent la réponse immunitaire pour lutter contre le cancer. Or, ces médicaments sont efficaces contre les cellules cancéreuses, mais ils peuvent causer des problèmes cardiaques. Cela semble indiquer que la réponse immunitaire dirigée contre le cancer fait parfois fausse route et porte atteinte au cœur. Pour pouvoir empêcher à l’avenir ces effets secondaires, il est donc très important d’examiner ce que fait le système immunitaire en relation avec le cœur.

Soutenez l’encouragement de la recherche de la Fondation Suisse de Cardiologie. Grâce à la recherche, la prévention, le diagnostic et le traitement peuvent être améliorés, afin que les personnes restent le plus longtemps possible en bonne santé et autonomes et puissent, en cas de maladie, mener une vie digne de ce nom.
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