Le yoga pour réduire le risque cardio-vasculaire des femmes

Les troubles liés à la ménopause peuvent s’accompagner d’un risque accru d’accidents cardio-vasculaires. Des études ont montré que le yoga est en mesure de réduire ces troubles ainsi que le stress et les réactions inflammatoires et donc peut-être aussi le risque cardio-vasculaire. C’est ce que Petra Stute et Kerstin Khattab veulent démontrer dans une nouvelle étude.

Mis à jour le 16 février 2026
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En 1976, l’étude de Framingham a montré qu’après la ménopause, les femmes ont un risque accru d’accidents cardio-vasculaires. Quelle en est la cause et comment votre étude aborde-t-elle ce risque?
Pr Petra Stute:
Après la ménopause, le métabolisme de la femme se modifie. On observe une dyslipidémie, la glycémie et la tension artérielle augmentent, il y a plus de graisses qui s’accumulent au niveau de l’abdomen et la personne prend du poids. Autant de facteurs qui accroissent le risque cardio-vasculaire. En particulier lorsque la ménopause intervient avant 45 ans et s’accompagne de symptômes comme les bouffées de chaleur, le risque cardio-vasculaire augmente. Mais la cause précise est incertaine: est-ce vraiment la carence en œstrogènes qui cause ces modifications ou s’agit-il du processus de vieillissement naturel? Des études ont déjà montré que le yoga a un effet positif sur les facteurs de risque mentionnés et réduit les troubles climatériques. Dans notre étude, nous voulons déterminer si cet effet est dû à une influence sur le taux d’œstrogènes.

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Pr Dr méd. Petra Stute: médecin-cheffe adjointe et médecin-adjointe, Unité d’endocrinologie gynécologique et médecine de la reproduction, Clinique de gynécologie de l’Hôpital de l’Île, Berne

En tant que responsable de la réadaptation cardiaque ambulatoire d’une clinique privée, vous utilisez déjà le yoga, en particulier le yoga Iyengar. Quels sont les avantages de cette forme de yoga?
Dr Kerstin Khattab:
Aujourd’hui, le hatha yoga est tellement bien étudié qu’il fait partie depuis 2016 de la liste de méthodes de thérapies complémentaires de l’Organisation du Monde du Travail Thérapie Complémentaire. En plus de mon activité de médecin, je suis aussi thérapeute complémentaire et formatrice en yoga thérapie. Je dirige personnellement l’entraînement de relaxation par le yoga thérapeutique pour nos patients cardiaques en réadaptation ambulatoire. J’ai ainsi déjà accumulé beaucoup d’expériences positives dont nous avons tenu compte dans notre programme de réadaptation. Un avantage de la méthode mondialement connue de B.K.S. Iyengar est qu’on peut la pratiquer à tout âge et aussi chez soi. Dans notre méthode, nous utilisons pour les positions de yoga des auxiliaires simples, par exemple une chaise ou le mur. Cela permet d’adapter les exercices à la constitution de la participante.

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Dr méd. Kerstin Khattab: cardiologue à la Cardiance Clinic, Pfäffikon SZ, et responsable d’une formation de thérapie complémentaire en yogathérapie à Zurich

Une partie importante de votre recherche est ce que l’on appelle le statut biofonctionnel ou BFS. De quoi s’agit-il et pourquoi le BFS est-il pertinent pour votre étude?
PS:
Pour le BFS, on mesure des paramètres physiques, psychosociaux, mentaux et cognitifs et psychomoteurs, 45 au total. Les paramètres physiques comprennent la tension artérielle, l’endurance, la force, la fonction pulmonaire et la composition corporelle. Les paramètres psychosociaux sont relevés à l’aide de questionnaires validés, les paramètres mentaux et cognitifs à l’aide de tests cognitifs sur ordinateur. Huit de ces 45 paramètres permettent de calculer l’âge fonctionnel. On voit ainsi où se situe une personne par rapport à une population de référence. À l’aide du BFS et de l’âge fonctionnel, nous verrons si le yoga apporte un bénéfice supplémentaire, indépendamment d’une éventuelle réduction des troubles climatériques.

Vous avez mentionné vouloir soulager les symptômes liés à la ménopause. Sur lesquels vous concentrez-vous et comment mesurez-vous le résultat?
PS:
Nous relevons l’ensemble des troubles climatériques à l’aide d’un questionnaire validé. Il s’agit de onze facteurs à partir desquels on peut établir un score d’ensemble et trois scores partiels: un psychologique, un somato-végétatif et un urologique. Nous nous attendons surtout à une amélioration des scores psychologique et végétatif. Pour évaluer la qualité de vie, nous utilisons aussi le BFS déjà mentionné.

Dans votre étude, vous mesurez aussi des marqueurs de l’inflammation comme la CRP hautement sensible et des paramètres de stress oxydant. Quel est le rapport entre ces marqueurs et le risque cardio-vasculaire?
KK:
On sait que des taux élevés de marqueurs de l’inflammation comme la CRP hautement sensible peuvent prédire un risque cardio-vasculaire accru. Dans le cas du stress oxydant, l’équilibre est perturbé, le taux d’antioxydants est faible, ce qui accroît aussi le risque d’accidents cardio-vasculaires. Des perturbations de l’équilibre oxydant ont aussi une influence sur le processus de vieillissement en raison du pilotage de facteurs de transcription de certaines séquences de gènes qui y sont liées. Il semble que le yoga puisse influencer le processus de vieillissement cellulaire. C’est pourquoi nous observons dans notre étude si les paramètres de stress oxydant se modifient sous l’effet du yoga, de sorte que celui-ci pourrait avoir un effet positif sur le processus de vieillissement cellulaire. Nous déterminons aussi des marqueurs d’oxydation lipidique. Des molécules de LDL oxydées sont responsables de l’inflammation des vaisseaux et contribuent directement à l’apparition de la maladie coronarienne.

Comment sélectionnez-vous les participantes et quels tests et mesures spécifiques réalisez-vous?
PS:
Nous recherchons des femmes adéquates par le biais de la consultation, des réseaux sociaux et d’annonces dans les journaux. Les critères de recrutement sont stricts: il faut que ce soient des femmes qui ne font pas de yoga et, bien sûr, qui ne prennent pas de traitement hormonal substitutif. Et il faut qu’elles aient au moins certains symptômes. Ensuite, nous procédons à une randomisation pour les répartir entre le groupe de yoga et une sorte de liste d’attente. Avant de commencer le yoga, nous faisons les analyses de laboratoire, déterminons le statut biofonctionnel et faisons remplir les questionnaires. Au bout de 12 semaines de yoga, nous déterminons à nouveau ces valeurs et nous les comparons avec celles d’origine.
KK: Au départ, nous voulions réaliser le programme de yoga en présentiel, mais le covid est arrivé et nous avons décidé de le faire en ligne. Les participantes suivent une fois par semaine un cours de yoga en ligne de 90 minutes. Elles peuvent poursuivre elles-mêmes chez elles le programme qu’elles ont ainsi appris et elles tiennent un journal des exercices qu’elles font. Nous leur conseillons de s’entraîner au moins deux fois par semaine à raison de 45 minutes.

Qu’espérez-vous obtenir comme résultats de l’intervention de yoga Iyengar de 12 semaines par rapport au groupe de contrôle?
PS:
Nous pensons surtout que le statut biofonctionnel va se modifier, c’est aussi notre point final primaire. Par ailleurs, nous nous attendons à une amélioration des bouffées de chaleur et des paramètres de l’inflammation et du stress oxydant. Il est plus difficile d’estimer si le statut hormonal va aussi se modifier.

En résumé, comment cette étude pourrait-elle contribuer à prévenir les maladies cardio-vasculaires et aider à vieillir en bonne santé?
KK:
Nous savons que l’activité physique est très importante pour la santé cardio-vasculaire et pour vieillir en bonne santé. Le stress a aussi une grande influence. Les personnes très stressées ont une alimentation malsaine, ne font pas de sport régulièrement et n’arrêtent pas de fumer. Nous le voyons aussi en réadaptation après une maladie de cœur. Le yoga fait d’une pierre deux coups car il intervient au niveau physique et psychique. Il permet d’activer physiquement sans entraîner de bouffées de chaleur, il réduit le stress, améliore notre système nerveux autonome et peut aussi être utile en cas de problèmes psychiques et de troubles du sommeil. Les femmes se sentent particulièrement attirées par le yoga, elles le pratiquent volontiers. En particulier dans le cadre d’une réadaptation, il est avantageux de pouvoir recommander quelque chose qui procure du plaisir. La probabilité est alors plus grande que les participantes continuent. Si notre étude révèle un résultat positif, cela voudrait dire que l’on pourrait recommander le yoga pour la promotion de la santé dans le cadre de la réadaptation.

Quelle est l’importance du soutien de la Fondation Suisse de Cardiologie pour vos travaux de recherche?
PS:
Ce soutien a joué un rôle très important. Les monitrices de yoga donnent les cours gratuitement et les doctorants travaillent aussi tous bénévolement, mais les coûts de laboratoire sont très élevés. Viennent s’ajouter les coûts pour trouver et recruter des femmes adéquates.
KK:
Ce que je trouve aussi formidable, c’est que la Fondation Suisse de Cardiologie s’investit depuis de nombreuses années pour la santé cardiaque des femmes. Je pense qu’elle a grandement contribué à mieux faire connaître dans la population les différences entre hommes et femmes en termes de santé cardio-vasculaire.