À rude école

Alessia Callegari se forme au cathétérisme cardiaque au plus grand hôpital pédiatrique de France. Pour la jeune cardiopédiatre, c’est un nouveau monde fascinant qui se présente à l’hôpital parisien. Elle apprend beaucoup de choses qu’elle va pouvoir ramener en Suisse.

Mis à jour le 26 juin 2025
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Le rendez-vous pour l’interview est repoussé d’une heure. Alessia Callegari s’excuse, l’intervention était urgente. Il y a un quart d’heure, elle était encore au laboratoire de cathétérisme cardiaque, affublée de son lourd tablier plombé de radioprotection. Un bébé de trois mois originaire de Côte d’Ivoire, atteint d’une cardiopathie complexe, avait besoin de toute urgence d’une intervention. En Europe, on aurait opéré cette cardiopathie dès la première semaine après la naissance. L’intervention pratiquée par Alessia Callegari est la première étape pour stabiliser l’état du petit garçon avant la grosse opération. «On voit ici des cas qu’on ne verrait quasiment jamais en Suisse», ajoute-t-elle, «cela rend mon travail extrêmement intéressant.»

Immense hôpital, nombreux cas
Pour l’interview, nous allons dans le jardin bien entretenu de l’Hôpital Necker-Enfants malades à Paris. Il est difficile de trouver un endroit qui convienne dans le bâtiment. C’est une nouvelle expérience qu’Alessia Callegari, 34 ans, doit gérer. «Nous soignons ici beaucoup plus de patientes et patients avec moins de ressources qu’en Suisse», explique-t-elle. Après s’être formée à la cardiopédiatrie à l’Hôpital des enfants de Zurich, elle est partie pour Paris en automne 2023. Elle suit une formation d’un an au laboratoire de cathétérisme cardiaque, financée en grande partie par le Fonds W. et L. Rutishauser de la Fondation Suisse de Cardiologie. La raison est simple: chez l’enfant, les interventions par cathéter cardiaque sont une tâche délicate, parfois difficile. Pour apprendre à les faire, il est préférable d’être dans un hôpital où on traite de très nombreux cas. L’hôpital pédiatrique parisien est idéal: non seulement il est l’un des plus grands d’Europe, mais il couvre une immense région, y compris les territoires français d’outre-mer. Le but est qu’Alessia Callegari revienne en Suisse riche d’une grande expérience, de nombreuses nouvelles compétences et de nouvelles idées.

«On voit ici des cas qu’on ne voit quasiment jamais en Suisse.»


De premières semaines difficiles
Elle était très motivée, mais les débuts furent rudes. Les préparatifs durèrent plus d’un an et elle faillit perdre espoir un certain nombre de fois: la chambre française des médecins exigeait 34 documents qu’Alessia Callegari dut collecter dans son pays d’origine, l’Italie, et dans les différents cantons suisses où elle a travaillé, puis les faire traduire. Pour travailler comme médecin, elle dut ensuite passer en France un examen sur l’administration du système de santé français. «J’ai fini par craindre de ne pas pouvoir tout faire assez vite pour commencer à temps. La bureaucratie était très compliquée et parfois de longue haleine», raconte-t-elle. Pendant plusieurs semaines et mois au début de son travail au laboratoire de cathétérisme cardiaque, elle eut du mal à se faire à la langue et aux termes spécialisés: «Ici, tous les termes médicaux ont des abréviations qui ne sont pas les mêmes que les abréviations anglaises habituelles. Au début, je ne comprenais absolument rien», dit-elle. Lorsqu’elle rentrait le soir dans son petit appartement sous les toits, elle ne voulait plus rien faire d’autre que dormir.

Plus d’interventions qu’en Suisse
La journée d’Alessia Callegari commence à huit heures du matin, directement au laboratoire de cathétérisme cardiaque. Elle y passe toute la journée et ne quitte bien souvent l’hôpital que douze heures plus tard. Ici, personne ne fait de véritable pause de midi. Chaque jour, elle réalise en général avec son équipe cinq interventions, en Suisse elle en ferait deux ou trois. «J’ai été très étonnée que nous puissions faire tant d’interventions avec le personnel que nous avons. Avant ma formation ici, je n’aurais pas cru que c’était possible», dit-elle. Autre comparaison: en salle d’opération de l’Hôpital des enfants de Zurich, on opère quatre à six enfants par semaine, à l’Hôpital Necker en revanche jusqu’à vingt. Ainsi, explique-t-elle, on accumule d’une part beaucoup d’expérience et les décisions se prennent plus vite. D’autre part, la manière de travailler n’est pas la même qu’en Suisse, il s’agit surtout de résoudre un problème aigu. Cela présente des avantages et des inconvénients: pour les médecins, le travail à Paris est intéressant et très varié. En revanche, le suivi des patient-e-s est plus intense et plus étroit à Zurich.

«Cette formation m’aide à développer ma propre perspective.»


Savoir-faire et confiance en soi
Que va-t-elle ramener en Suisse après une année à Paris? Elle a vu et en partie réalisé elle-même un grand nombre d’interventions par cathéter. Elle a aussi appris qu’il est possible de les faire autrement, par exemple en utilisant d’autres matériaux que ce dont elle avait l’habitude. «Ma formation m’aide à développer ma propre perspective et mon propre point de vue, à trouver et à développer une autre solution à un problème, ce qui est très important pour les traitements au laboratoire de cathétérisme cardiaque», souligne-t-elle. Également très important: elle a plus d’assurance. «Au laboratoire de cathétérisme, il faut aussi avoir confiance en soi», explique-t-elle, «il faut prendre des décisions et les exécuter avec conviction et sans crainte.» Pensons par exemple à un prématuré de 600 grammes chez lequel il faut fermer une minuscule liaison vasculaire à l’aide d’un cathéter. «Bien sûr, dans une telle situation, j’ai tout d’abord peur», poursuit-elle, «mon travail requiert que j’aie beaucoup de respect pour ce que je fais.» Mais sans confiance en ses propres capacités, elle ne pourrait pas agir face à cette situation. Traditionnellement, les femmes sont encore très minoritaires au laboratoire de cathétérisme cardiaque. Un avantage est donc pour elle que c’est une femme qui la forme à Paris: «Les femmes ont besoin de femmes qui leur servent d’exemples, c’est ce que j’aimerais devenir un jour pour de futures cardiologues en Suisse.»

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Promotion de la recherche

Encourager les talents en cardiologie

Depuis 2022, le Fonds W. et L. Rutishauser encourage la relève médicale en Suisse. Chaque année, il permet à un jeune talent en cardiologie ou cardiochirurgie de bénéficier d’une bourse pour un séjour à l’étranger.

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